Marguerite et les dragons

Dans la série  ‘Vous n’y étiez pas ? Dommage !’  3

Inauguration du dragon à la Forge.

Ce dimanche 9 mai 2010, un public d’enfants et d’adultes s’est assis sur l’herbe  pour écouter trois contes populaires chinois dont Marguerite Protopopova a réservé la primeur à La Forge, en l’honneur de la dernière création de Florence Marie, un imposant dragon creux de béton et de zinc aux écailles de miroir. Allumé depuis six heures du matin, son four dégageait dans le dos de la conteuse une chaleur bienvenue dans la fraîcheur d’un temps incertain. Un chant d’oiseau et le ruissellement continu de la fontaine au fond de la galerie souterraine venaient en contrepoint de la voix grave et douce de Marguerite.

A travers trois contes extrême-orientaux, elle a présenté sous un jour différent de nos contes occidentaux la personnalité et la signification symbolique du dragon. Ceux-ci font encore partie intégrante de la culture chinoise. Ce sont des dragons tutélaires, concernés par les affaires humaines. Il y a tout à craindre quand ils s’en désintéressent car ce sont les déités intermédiaires entre l’homme et la nature. Ils commandent aux différentes forces élémentales : eau, terre, feu, air. Ils président l’action des nuages, du vent, des éclairs, du tonnerre, de la pluie, des fleuves, des mers, des montagnes, des volcans, des forêts. Comme en Occident, ils aiment à amasser les pierres précieuses.

Premier conte : un jeune dragon doré brave les interdits et l’inertie égoïste des vieux dieux dragons pour ramener une pluie bienfaisante et chasser la famine qui accable le peuple. Deuxième conte : un jeune homme se met en quête du savoir qui réparera le ciel, déchiré par deux dragons inconséquents. Dernier conte : un garçon défend l’empire de Chine contre les abus d’un dragon rouge avant de découvrir qu’il est lui-même un dragon. Il choisit la condition humaine mais il conserve les attributs des dragons. Face aux faiblesses des puissants et des humbles, qu’il soit humain ou dragon, les héros font preuve des mêmes qualités : courage, humilité, respect d’autrui et obstination dans la quête. Et ils reçoivent tous le prix de leur peine : la justice, la paix, l’amour, la sagesse et l’estime de leurs semblables. Et, en prime, la beauté de la Terre et des étoiles.

Comme à l’accoutumée, une collation offerte par une donatrice attentionnée a régalé les quelques auditeurs restant. La libation faite au dragon –une bouteille de vin- a été bue en son honneur.

La première cuisson n’est pas très probante mais nous avons affaire à un dragon débutant à la flamme un peu trop dévorante. Il ne peut que progresser, guidé par des potiers bienveillants. Un nouveau champ d’expérimentation, vieux comme la civilisation, s’ouvre à La Forge : l’art de la terre cuite.

FEM, mai 2010

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